9. Conclusion
Cet exposé a aligné beaucoup de noms, de dates et de données
institutionnelles. Il aurait certes été possible de le concevoir de bien des
manières différentes. Mon souci a été d'abord de ne pas abuser du temps qui
m'était imparti, et de ne pas rédiger un texte qui, une fois publié, effraie
d'emblée le lecteur par son longueur. J'ai ensuite jugé intéressant de
fournir surtout des informations concrètes, qui sont certes en grande partie
connues des vieux routiers de la FIEC, mais que les délégués les plus jeunes
ignorent largement, et qui, je crois, méritaient d'être réunies et publiées
pour les générations futures.
On peut, je crois, dire, sans tomber dans la complaisance, que, durant son
premier demi-siècle d'existence, la FIEC a rempli le rôle qu'ont imaginé pour
elle ses fondateurs, tout en s'adaptant avec souplesse à un environnement
toujours changeant. La longue prospérité de l'après-guerre lui a largement
profité. On ne saurait se dissimuler que nous sommes entrés dans des temps
beaucoup plus difficiles. La crise au niveau mondial rend la quête de fonds
toujours plus aléatoire. L'explosion des savoirs humains réduit
continuellement la part des sciences de l'antiquité. Sur les cinq continents,
le nombre des élèves du secondaire qui étudient le latin et le grec avec un
véritable profit diminue. Dans le même temps, la masse de publications dans
notre domaine explose. On ne peut être qu'effrayé par les près de 1300 pages,
et les 16 005 numéros du dernier volume paru de l'Année Philologique. Qui
oserait prétendre que chacun de ces travaux répondait à un besoin urgent?
Nous sommes tous coupables, et je ferai mon autocritique: cinq de ces 16 005
numéros de 1993 me sont imputables; les cinq résultent de publications faites
à la suite de colloques ou rencontres diverses où j'ai été invité; aucune
de ces cinq contributions ne contient des éléments essentiels qui n'eussent pu
être présentés ailleurs de manière plus concentrée et plus accessible. De
multiples facteurs suscitent cette inflation. Les moyens électroniques dont
disposent aujourd'hui presque tous les chercheurs donnent accès à une masse
presque illimitée d'information, et provoquent une sorte d'ivresse. Les jeunes
antiquisants, toujours plus nombreux à vouloir accéder à un nombre toujours
moindre de postes, sont condamnés à l'escalade. Les personnes en place, pour
défendre leurs positions et leurs crédits, en sont réduites à faire de
même. Enfin les éditeurs, désireux d'augmenter leur fonds de commerce,
poussent à la roue. Le secrétaire général de la FIEC, que ses fonctions
placent comme dans une vigie d'où il peut observer toute cette agitation, est
saisi de vertige, et il pense avec nostalgie aux érudits des temps anciens, qui
ne disposaient d'aucun des instruments de travail actuels; cependant ils
savaient parfaitement le grec et le latin, ils connaissaient tous les textes
sans avoir besoin de CD-ROM, et surtout ils avaient l'inestimable privilège de
pouvoir se concentrer dans le calme sur leur travail. L'héritage gréco-latin
n'a certainement rien perdu de son actualité, et le regard toujours renouvelé
des générations qui se succèdent ne cesse et ne cessera d'y déceler des
richesses insoupçonnées. Mais je suis convaincu qu'un redimensionnement, une
autolimitation s'imposent, sinon la mauvaise graisse finira par étouffer les
forces vives.
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