2. Les débuts
La documentation en ma possession est muette sur la période préparatoire
qui a précédé la réunion de l'assemblée constitutive, les témoins sont
décédés, ou n'ont pas pu répondre à mes questions. Une allusion du compte
rendu de celle-ci fait état de l'activité d'un comité d'initiative, dont
l'existence pouvait quoi qu'il en soit être soupçonnée. J'ignore qui en a
fait partie, et quels ont été la nature et la chronologie de ses travaux. Il
est probable que les personnalités élues dans le premier bureau, dont il va
être question, y ont joué un rôle important. Les motifs qui ont incité
quelques antiquisants de l'immédiat après-guerre à constituer la FIEC sont
cependant faciles à reconstituer. Il s'agissait d'une part de rétablir entre
les spécialistes les liens au niveau international rompus par le conflit,
d'autre part de remettre en train un grand nombre de publications, notamment
allemandes, dont l'activité avait été mise en veilleuse par la guerre. Il est
par ailleurs évident que, parmi les promoteurs de la FIEC, le rôle principal a
été joué par Jules Marouzeau et Juliette Ernst. L'entreprise de l'Année
Philologique, ralentie, mais non interrompue par la guerre, faisait d'eux, et
surtout de Juliette Ernst, les seules personnes qui, en 1948, avaient maintenu
un large réseau de contacts dans le monde entier. La présence à Paris de la
jeune UNESCO et du siège de l'Année Philologique, ainsi que la position
centrale de cette ville expliquent assez pourquoi, parmi les diverses capitales
des pays victorieux, c'est précisément celle-là qui fut choisie. Ces facteurs
aident aussi à comprendre le rôle prépondérant de la France, et des savants
français, dans la période initiale de la FIEC.
Le moment est venu d'énumérer les quinze associations fondatrices de la FIEC,
et les noms de ceux qui les ont représentées à Paris les 28 et 29 septembre
1948:
1) Société d'Études Latines de Bruxelles (M. Renard)
2) American Philological Association (J. P. Elder)
3) Association Guillaume Budé (P. Mazon, Ch. Dugas)
4) Association pour l'Encouragement des Études Grecques (A. Dain)
5) Société des Études Latines (J. Marouzeau)
6) Société Internationale de Bibliographie Classique (J. Marouzeau)
7) Classical Association (M. A. W. Gomme)
8) Society of Hellenic Studies ( M. A. W. Gomme)
9) Society of Roman Studies (non représentée)
10) Classical Association of Scotland (W. K. Smith)
11) Nederlands Klassiek Verbond (W. Vollgraff)
12) Société Polonaise de Philologie Classique (F. Sokolowski)
13) Dansk Selskab for Oldtids-og Middelalderforskning (C. Høg, excusé)
14) Filologisk-Historik Samfund (C. Høg, excusé)
15) Svenska Klassikerförbundet (non représenté)
Les associations non représentées avaient déclaré leur volonté d'adhésion
par échange de correspondance. Plusieurs personnalités ont en outre assisté
à l'assemblée constitutive comme observateurs, leurs associations ne leur
ayant pas donné les pouvoirs nécessaires pour adhérer à la Fédération. Il
s'agit de D. van Berchem (Association Suisse pour l'Étude de l'Antiquité,
Association Suisse des Philologues Classiques), J. Ernst (Groupe Romand des
Études Latines), A. Grenier, F. Brown et A Buhl (Association Internationale
d'Archéologie Classique). Assistaient en outre à la réunion deux
représentants de l'UNESCO, M. Bosch-Gimpera et J.J. Mayoux.
L'assemblée constitutive a été ouverte par P. Mazon, elle a tout d'abord élu
comme président de séance J. Marouzeau, et comme secrétaires Ch. Dugas et M.
A. W. Gomme. Sa première tâche fut de donner une forme définitive à un
projet de statuts préparé par le Comité d'initiative. Je ne m'attarderai pas
sur ce point, car les statuts de la FIEC ont peu changé depuis 1948: je crois
bien que les modifications introduites en 1994 et 1997 sont les plus notables.
Les archives contiennent un petit stock de statuts imprimés qui conservent la
mémoire de leur forme à la fin des années 50. Je me bornerai sur ce point à
observer que les pères de la FIEC ont eu la sagesse de rédiger des statuts
très concis; en renonçant à prétendre tout réglementer, ils ont laissé aux
responsables successifs de la Fédération une marge de manoeuvre bienvenue qui
leur donne la possibilité de faire face souplement à des situations
imprévisibles. Aux associations membres qui me consultent sur cette question
des statuts, je recommande toujours une identique concision.
La présence de représentants de l'UNESCO à la réunion constitutive
s'explique par le fait que cette institution a parrainé la formation de la FIEC
et aidé à son démarrage. La FIEC est en effet née dans un dénuement
financier total, et la cotisation pour 1949 a été fixée à 5 (cinq !) dollars
US par an, ce qui donne à l'origine, avec quinze Associations membres, une
rentrée annuelle de 75 $. Même si l'on se souvient que, en 1948, le dollar
était tout-puissant en Europe et le niveau des prix très bas par rapport aux
valeurs d'aujourd'hui, on ne peut que constater l'indigence de notre
Fédération en son jeune âge. C'est l'UNESCO qui a directement financé ses
premières activités par un subside de 1000 $. Trois points de l'ordre du jour
de l'Assemblée constitutive doivent encore être ici relevés. 1) Le premier
concernait le problème de la documentation et visait à assurer un soutien
financier à diverses entreprises, notamment l'Année Philologique. 2)
L'unanimité se fit aisément sur la nécessité d'organiser sans délai un
Congrès international, d'abord prévu pour 1949, et qui eut finalement lieu en
1950. 3) Last but not least, l'Assemblée procéda à l'élection du premier
Bureau de la FIEC. W. Vollgraff n'ayant pas accepté son élection au poste de
président, il fut finalement constitué comme suit: président: C. Høg,
vice-présidents: J. Marouzeau et R. Syme, membres adjoints: J. Manteuffel et F.
Brown, secrétaire, Ch. Dugas, vice-secrétaire, J. Ernst.
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